Endométriose ombilicale isolée : à propos de 1 cas

Wael REBAI |

La tunisie chirurgicale - 2008 ; Vol 18

Resumé

L’endométriose cutanée de siège ombilical est rare. Elle ne représente que 0,5 à 1% de toutes les localisations. Nous rapportons un nouveau cas d’endométriose cutanée ombilicale isolée. Il s’agissait d’une femme âgée de 39ans, ayant accouchée à trois reprises par voie basse, et qui se plaignait de douleurs ombilicales. L’examen avait trouvé un nodule sous cutané ombilical dure, de 3 cm de grand axe. La tomodensitométrie avait mis en évidence un nodule tissulaire pariétal hypodense prenant le contraste et dont la biopsie a conclu à une endométriose. Une omphalectomie avait été alors réalisée avec vérification de l’absence de foyers d’endométriose pelvienne. Devant un nodule ombilical chez une femme en age de procréer, il faut penser au diagnostic d’endométriose et ne pas hésiter à pratiquer des biopsies sous contrôle radiologique afin de confirmer le diagnostic.

Mots Clés

Endométriose - Ombilic - tomodensitométrie - Chirurgie

Introduction :

La localisation ombilicale de l’endométriose est une entité rare. Elle a été décrite pour la première fois par Villar en 1886 [1]. Il s’agit d’une localisation exceptionnelle, représentant 0,5 à 1% de toutes les localisations de l’endométriose. L’étiopathogénie de cette localisation reste encore hypothétique et mal élucidée. Nous rapportons un nouveau cas d’endométriose ombilicale isolée à travers lequel on insistera sur les difficultés diagnostiques de cette affection.

Article

Madame, C S. âgée de 39 ans, ayant trois enfants vivants mis au monde par voie basse, hospitalisée pour exploration d’un nodule ombilical douloureux, tendu, de 3 cm de diamètre de teinte violacée. L’échographie abdominale avait montré une formation hypoéchogène, hétérogène, non vascularisée au doppler couleur attenante à l’ombilic. Le scanner abdominal avait objectivé une formation ovalaire tissulaire, strictement pariétale, bien limitée mesurant 3 cm de diamètre spontanément hypodense et se rehaussant de façon homogène après injection de produit de contraste prenant l’ombilic (figure 1). Devant le doute diagnostique sur la nature de ce nodule et la possibilité qu’il soit métastatique, une biopsie percutanée sous guidage scannographique était réalisée. L’examen anatomopathologique avait conclu à une endométriose. L’indication chirurgicale était alors posée et une omphalectomie avait été ainsi réalisée (figure 2). Cette laparotomie avait par ailleurs permis de vérifier l’absence de localisation endométriosique pelvienne. L’examen anatomopathologique définitif de la pièce de résection avait confirmé le diagnostic d’endométriose pariétale ombilicale avec un contenu hémorragique à la coupe. Les marges de résection étaient histologiquement saines. Les suites opératoires étaient simples. La patiente était revue deux ans plus tard, elle était asymptomatique et l’examen gynécologique était strictement normal.

Discussion

La localisation ombilicale de l’endométriose est rare. Elle est estimée à 0,5 à 1% de l’ensemble des localisations de la maladie [1]. C’est une affection de la femme en période d’activité génitale avec une moyenne d’âge de 40 ans[2]. L’étiopathogénie de l’endométriose est complexe et non encore totalement élucidée. Elle est probablement la résultante de facteurs génétiques et d’un climat hyper œstrogénique et immunologique. Plusieurs théories ont été avancées pour expliquer l’histogénèse de l’endométriose. La localisation ombilicale est expliqué par le fait que l’ombilic serait considéré comme une cicatrice physiologique expliquant ainsi le tropisme de l’endométriose pour cette zone [3]. Le diagnostic de l’endométriose ombilicale est de difficulté variable. Il peut être cliniquement facile devant la constatation de phénomènes locaux de variation de teint et de sensibilité survenant de façon cyclique avec la période de menstruation et s’inscrivent dans un contexte évocateur d’endométriose avec en plus une dysménorrhée et dyspareunie profonde [4]. Plus souvent, le diagnostic est difficile en absence de contexte évocateur de relation évidente avec la période menstruelle comme fut le cas de notre malade. Classiquement, l’endométriose ombilicale se manifeste par une tumeur bleue noire qui grossit, s’oedématie, devient sensible et peut saigner durant la période menstruelle. La taille est variable de 0,5 à 3 cm, rarement plus importante [5]. Dans les cas où cette localisation est sous cutanée et isolée, le diagnostic différentiel se pose avec des localisations secondaires cutanées de néoplasies ovarien ou digestif ou de mélanome nodulaire ou de granulome pyogénique ou chéloïde, spécialement chez les patientes de race noire [1,4]. L’éventualité d’une localisation tumorale ombilicale chez notre patiente nous a poussé à pratiquer une biopsie sous guidage scannographique qui nous a permis d’avoir le diagnostic. Sur le plan anatomopathologique, l’histologie est identique à celle d’une endométriose classique, elle associe en proportion variables des tubes glandulaires, un chorion cytogène et des fibres musculaires lisses. Le diagnostic peut parfois être difficile. En effet, la lésion peut simuler un adénocarcinome ou un sarcome [6]. Le tissu endométriosique est susceptible de dégénérer comme l’endomètre normal. L’unique cas d’endométriose ombilicale dégénérée a été rapporté par Lauslahti en 1972 [7]. Par ailleurs, la grossesse semble avoir une action favorable sur l’endométriose [8]. L’infection d’un nodule endométriosique ombilical est une complication exceptionnelle. Un seul cas a été rapporté dans la littérature sans pouvoir pour autant isoler le germe [7]. Le traitement médical de l’endométriose ombilicale par les progestatifs, a une efficacité inconstante et partielle. Ceci est expliqué par la faible hormono-sensibilité et la sclérose péri lésionnelle du tissu endométriosique ombilical [2]. D’autre part, le risque de dégénérescence, faible mais réel, fait que l’omphalectomie emportant largement la tumeur avec reconstruction d’un ombilic est la sanction thérapeutique de choix. La chirurgie permet l’analyse histologique et en cas de signes d’appel la recherche et le traitement d’autres foyers gynécologiques [3]. La récidive d’endométriose ombilicale serait en rapport avec une exérèse incomplète et une infiltration considé- rable des cellules endométriosiques.

Conclusion La localisation ombilicale de l’endométriose est rare. Son diagnostic repose sur la triade : nodule ombilical de couleur bleutée avec une douleur à exacerbation cataméniale. Il faut penser à ce diagnostic devant tout nodule ombilical chez une femme en age de procréer et quelque soit sa présentation clinique. La biopsie percutanée sous guidage scannographique permet d’assurer une approche diagnostique certaine. L’exérèse chirurgicale permet le diagnostic histolo-gique et la guérison clinique.

Références

{1} Micowitz M, Baraty M, Slavonovsky M. endometriosis of the umbilicus. Dermatolgica. 1983 ; 167 : 326-330. {2} Daoudi K, Bongain A, Isnard V, Castillon J.M, Michiels J.F, Gillet J.Y. endométriose ombilicale. A propos d’un cas. Rev Fr Gynécol Obstét .1995 ; 10 :42-443. {3} Chandoul A. Sbei N. Messaoudi F. Basly M. Rachdi R. endométriose ombilicale. A propos de trois cas. Tunis Med. 2003 ; 81 :126-129. {4} Elaoufri A, Pira M.J, Rhimi Z, Boubaker S, Chelli H. l’endométriose ombilicale : à propos d’un cas. Tunis Med.1992 ; 70 :591-593. {5} Latcher J.W. endometriosis of umbilicus. Am J Obst-Gynecol. 1953 ; 66 : 161-168. {6} Lagrange M., Almarnassi A. endométriose ombilicale. A propos de deux cas. Sem Hop Paris.1990; 66:506-509. {7} Laulahti K. malignant external endometriosis : a case of adenocarcinoma of umbilical endometriosis. Acta pathol Microbiol Scand (section 80) 1972 ; 233 (suppl) : 98-102. {8} Kistner RW. Management of endom