Volumineux lipome du colon mimant une tumeur colique

Hanen BOUAZIZ |

La tunisie chirurgicale - 2015 ; Vol 25

Resumé

Les lipomes coliques sont des tumeurs bénignes. Ils se compliquent, très rarement, d’invaginations colocolique. Nous rapportons l’observation d’une patiente âgée de 39 ans qui consultait pour douleurs abdominales et troubles du transit. L’examen abdominal trouvait une masse sus ombilicale de 15 cm de consistance molle. Le toucher rectale était normal. La colonoscopie trouvait une formation arrondie polylobée empêchant la progression au-delà de l’angle colique droit de consistance rénitente empêchant les biopsies. La tomodensitométrie montrait une importante masse intestinale étendue de l’épigastre jusqu’à la fosse iliaque droite prenant l’aspect d’une pseudoinvagination. La patiente avait eu une hémicolectomie droite. L’examen en anatomopathologique avait conclut à un angiolipome géant. Les suites opératoires étaient simples

Mots Clés

Lipome, colon, invagination, coloscopie, colectomie

Introduction :

Les lipomes coliques sont des tumeurs bénignes, ils sont souvent asymptomatiques. Ils se compliquent très rarement d’une invagination colocolique. Nous rapportons le cas d’une pseudoinvagination dont l’origine est un lipome géant du colon droit.

Article

Il s’agissait d’une patiente âgée de 39 ans sans antécé- dents qui consultait pour des douleurs abdominales paroxystiques spontanément résolutives associées à des troubles de transit à types de constipations et de vomissements évoluant depuis 3 mois. L’examen abdominal trouvait une masse sus ombilicale de 15 cm de consistance molle. Le toucher rectale était normal. Le bilan biologique était normal. La colonoscopie trouvait une formation arrondie polylobée empêchant la progression au-delà de l’angle colique droit de consistance rénitente empêchant les biopsies (figure 1). Le colon gauche est parsemé de nombreux diverticules de tailles variables. La fibroscopie était normale. La tomodensitométrie (figure 2) montrait une importante masse intestinale étendue de l’épigastre jusqu’à la fosse iliaque droite, à paroi épaissie et irrégulière, se rehaussant d’une façon homogène après l’injection iodée. Cette lésion était cen trée par des amas graisseux et présentait l’aspect d’une pseudo invagination. (figure 3). La patiente a eu une laparotomie. A l’exploration, on note une masse lipomateuse strictement intraluminale du colon droit de 18 cm de grand axe, située à 2 cm de la valvule de bauhin. Il n’y avait pas d’ascite ni de carcinose péritonéale. Une hémicolectomie droite a été faite avec anastomose iléocolique termio-latérale. L’examen extemporané a confirmé la bénignité de cette masse. L’examen macroscopique de la pièce (Figure 4) montrait la présence d’un processus bourgeonnant de 18X15 cm polylobé au niveau du fond coecale à large base d’implantation situé à 2 cm de la valvule. La tumeur était de consistance molle a surface lisse de siège sous muqueux n’ulcérant pas la muqueuse. L’examen microscopique concluait à un angiolipome géant.

Discussion

L’incidence de lipome colique varie de 0,035 à 4,4% [1]. Il se localise dans le colon droit dont 65% des cas. Il se complique, exceptionnellement, d’invagination colocolique [2,3]. Le lipome colique représente 1,8% des lésions coliques bénignes [2, 4]. Il existe une prédominance féminine et l’âge de découverte se situe entre 50 et 65 ans [5]. Sur le plan anatomopathologique, le lipome se développe dans 90% des cas aux dépens des adipocytes de la sous-muqueuse, plus rarement dans le sous séreuse [6]. La lésion est le plus souvent isolée, mais des lésions multiples ont été rapportées dans environ 10% des cas [2,6]. La plupart du temps, la découverte du lipome est fortuite lors d’une coloscopie de dépistage. Seuls 6% des lipomes sont symptomatiques [7]. Les symptômes sont corrélés à la taille du lipome quand il est supérieur à 2 cm [2,4]. La symptomatologie est non spécifique, faite de douleurs abdominales, de constipation et de rectorragies. Le problème pour le diagnostic de lipome colique est le diagnostic différentiel avec d’autres masses tumorales en particulier néoplasiques (carcinomes ou liposarcomes). Cette distinction est capitale pour permettre le traitement chirurgical adéquat. L’échographie est performante pour faire le diagnostic à la fois de l’invagination intestinale et de la lésion hyperéchogène bien limitée entourée par une paroi intestinale normale [8]. Chez notre patient l’échographie abdominale n’a pas été faite. Le lavement baryté peut apporter des arguments en faveur du diagnostic. Le lipome apparait alors comme une image de soustraction bien délimitée, régulière [2]. De nos jours l’intérêt reste discutable vu l’apport du scanner. La tomodensitométrie est l’examen clé, il est aussi bien spécifique que sensible. Elle peut mettre en évidence l’invagination ainsi que le lipome apparait sous forme de masse de densité graisseuse. Il a été rapporté des images scanographiques atypiques dues à la composante nécrotique du lipome, favorisée par l’invagination de ce dernier. Il peut être alors difficile de le différencier d’une tumeur maligne [9]. L’originalité de l’observation présentée réside dans la présentation scanographique de la lésion sous forme de pseudo invagination qui mimait une tumeur de la racine du mésentère. Elle apparait comme masse étendue de l’épigastre jusqu’à la fosse iliaque droite, à paroi épaissie et irrégulière, se rehaussant d’une façon homogène après l’injection iodée. Shoenut a étudié la performance de l’IRM dans la caractérisation des lipomes. Le signal du lipome est caracté- ristique avec un hypersignal sur les séquences flash et une disparition complète du signal sur les séquences saturées en graisse [10]. La coloscopie permet le plus souvent de visualiser la lésion molle sessile ou pédiculée recouverte par une muqueuse normale et permet la réalisation de biopsies. Seuls les lipomes à localisations sous séreuse ne sont pas visualisés [9]. Dans notre cas l’aspect lisse de la tumeur et la consistance molle et rénitente a empêché la biopsie mais a écarté le l’existence d’un processus malin. Deux options thérapeutiques sont possibles : l’exérèse endoscopique ou l’exérèse chirurgicale. Certains auteurs suggèrent que la taille du lipome constitue le facteur limitant à l’exérèse endoscopique de la lésion avec une limite fixée à 2,5 cm [11]. Dans le cas de lipome colique volumineux ou symptomatique, le traitement chirurgical reste le traitement de choix. Le geste réalisé dépend de la certitude diagnostique obtenue en peropératoire. La colectomie est le traitement de référence en l’absence de complication. Dans les autres cas, doute diagnostique ou invagination colique aigue, une résection colique segmentaire doit être envisagée [12]. Des cas de lipectomies par voie ceolioscopique ont été rapportés [13]. Aucun cas de dégénérescence ou de récidive n’a été rapporté après exérèse complète.

Conclusion

Les lipomes coliques sont des tumeurs bénignes rares qui se compliquent rarement d’invagination. Le problè- me dans le diagnostic du lipome est le diagnostic diffé- rentiel avec d’autres masses tumorales, en particulier néoplasiques, d’où l’importance des examens complé- mentaires notamment le scanner. Il faut bien poser le diagnostic de certitude en peropératoire pour pouvoir juger du geste adéquat.

 

Références

1. N.Miloudi, R. Hefaiedh, M. T. Khalfallah. Lipome géant du colon transverse compliqué d’une invagination colocolique. Journal de chirurgie viscérale 2012 ; 149, 485-7. 2. Goasguen N, Cattan P. Lipome colique : cas clinique et revue de la littérature. Gastroenterol Clin Biol 2008 ; 32 : 521-4. 3. Nakagoe T, Sawai T et al. Minilaparotomy approach for removal of a large colonic lipoma: report of two cases. Surg Today 2004; 34: 72-5. 4. Rogy MA, Mirza D and al. submucus large-bowel lipomas presentation and management. An 18-year study. Eur J Surg 1991; 157: 51-5. 5. Ryan J, Martin JE, Pollock DJ. Fatty tumours of the large intestine: a clinicopathological review of 13 cases. Br J Surg 1989; 76:793-6. 6. Michowitz M, Lazebnik N, Noy S. Lipoma of the colon. A report of 22 cases. Am Surg 1985; 51: 449-54. 7. Taylor BA, Wolff BG. Colonic lipomas. Report of two unusual cases and review of the Mayo Clinic experience, 1976-1985. Dis Colon Rectum 1987; 30: 888-93. 8. Crozier F, Portier F. Diagnostic par scanner d’une invagination colo colique sur lipome du colon gauche. Ann Chir 2002 ; 127 : 59-61. 9. Buetow PC, Buck JL, Carr NJ. Intussuscepted colonic lipomas: loss of fat attenuation on CT with pathologic correlation in 10 cases. Abdom Imaging 1996; 21: 153-6. 10. Shoenut JP, Semelka RC. Magnetic resonance imaging evaluation of the loval extent of colorectal mass lesions. J Clin Gastroenterol 1993; 17: 248-53. 11. Pfeil SA, Weaver MG. Colonic lipomas: outcome of endoscopic removal. Gastrintest Endosc 1990; 36: 435-8. 12. Roger Jr SO, Lee MC and al. Giant colonic lipoma as tead point for intermittent colo-colonic intussusception. Surgery 2002; 131: 687-8. 13. Peters Jr MB, Obermeyer RJ and al. Laparoscopic management of colonic lipomas: a case report and review of the literature. JSLS 2005; 9 : 342-4.