Comparaison entre la colostomie première et la résection en urgence dans la prise en charge des cancers coliques gauches en occlusion non compliqués

Trigui Aymen |

La tunisie chirurgicale - 2021 ; Vol 2021

Resumé

Introduction :La prise en charge des cancers coliques gauches en occlusion non compliqués est encore sujette à controverse. Pourtant, l’intervention de Hartmann et les colostomies de dérivation demeurent les plus réalisées, la détermination la plus appropriée n’a pas été démontrée avec certitude. Le but de notre travail est de comparer la colostomie première versus la résection en urgence dans la prise en charge des cancers coliques gauches en occlusion non compliqués.

Méthodes :Notre étude a été menée de façon comparative rétrospective sur une période de 10 ans, à partir de tous les cas de cancers coliques gauches en occlusion non compliqués opérés dans le service de Chirurgie Générale du CHU Habib Bourguiba SFAX.

Nos patients ont été subdivisés en 2 groupes : Groupe Résection qui comporte les patients qui ont bénéficié la résection chirurgicale en urgence et groupe Stomie qui comporte les patients qui ont bénéficié la colostomie première.

Résultats : Nous avons colligé 47 patients (groupe Résection, n=29 vs groupe Stomie, n=18). Les deux groupes étaient comparables en termes de terrain, de taille tumorale, d’extension et de signes de gravité. Il n’y avait pas de différence significative concernant la mortalité (6,4 % vs 11,1%, p=0,6), la morbidité globale (22,4% vs 27,6%, p=0,63), la survie globale (62,4 % vs 65,6%, p=0,86) et la survie sans récidive (53,5% vs 59,6%, p=0,82) entre les 2 groupes. Cependant, la durée de stomie était significativement plus coure dans le groupe stomie (10,2 mois vs 3,8 mois, p= 0,001), sous réserve d’un allongement significatif de la durée de séjour (23,8 vs 16,2 jours, p=0,01). En plus, le taux de stomie définitive était plus élevé dans le groupe Résection mais sans différence significative (34,5% versus 22,2% ; p=0,3)

Conclusion : La colostomie première a fait preuve de sa supériorité par rapport au groupe Résection en termes de durée de stomie temporaire et du taux de stomie définitive.

 

Mots Clés

colostomie ; cancer colique ; occlusion néoplasique

Introduction :

l’occlusion représente un mode de révélation du cancer colique dans un tiers des cas. La prise en charge du cancer du côlon gauche en occlusion rélève de plusieurs options thérapeutiques allant de la colostomie de décharge, l’intervention de HARTMANN jusqu’à la colectomie avec rétablissement immédiat de la continuité. Le choix  thérapeutiqueest encore un sujet de controverse opposant le traitement en plusieurs temps versus le traitement en un seul temps.

 Le but principal de notre étude était de comparer les résultats de la résection immédiate et la colostomie d’amont en termes de mortalité, morbidité médicale et chirurgicale, durée de séjour, taux de stomie définitive et de pronostic.

Article

Patients et Méthodes :

  1. Collecte des données

Nous rapportons les résultats d’une étude rétrospective de cancer du côlon gauche en occlusion, colligés dans le service de chirurgie générale de Sfax TUNISIE sur une période de 11 ans (de janvier 2003 à décembre 2013). Nous avons inclus dans cette étude rétrospective tous les cas de cancers coliques gauches opérés en occlusion néoplasique non compliqués de péritonite ou d’abcès.

Le diagnostic d’occlusion a été établi sur des critères cliniques, radiologiques et sur les données per opératoires.

La prise en charge thérapeutique était répartie en deux groupes opposant la résection immédiate à la colostomie d’amont selon les constatations pré et per opératoire en excluant les patients avec une péritonite ou un abcès péri-néoplasique.

  1. Critères d’inclusion :

Nous avons inclus dans cette étude rétrospective tous les cas de cancers coliques gauches opérés en occlusion non compliqués de péritonite ou d’abcès péri-néoplasique.

  1. Occlusion néoplasique :C’est l’obstruction de la lumière digestive par un processus tumoral malin pariétal, se traduisant par un syndrome occlusif clinique et confirmée par l’imagerie et/ou la chirurgie.
  2. Colon gauche :On s’est fixé comme définition de cancer du côlon gauche : tout processus tumoral se développant à n’importe quelle portion du colon située entre l’angle colique gauche en haut et la jonction recto-sigmoïdienne en bas

Nous avons exclu de cette étude les autres types histologiques de cancers autres que l’adénocarcinome, l’envahissement loco régional du colon par une tumeur de contiguïté, les récidives tumorales et les occlusions compliquées d’abcès et/ou perforation.

  1. Critères de jugement :

a) Post-opératoires immédiats

Les critères de jugement retenus étaient :

  • La mortalité hospitalière et letaux decomplication
  • La durée du séjour global et la durée du séjour en réanimation
  • La durée de stomie
  • Le nombre de ganglions prélevés et le nombre de ganglions envahis
  • Les limites chirurgicales saines.

b) A distance

Les critères de jugement retenus étaient :

  • Lasurvie globale à 3 et à 5 ans
  • Lasurvie sans récidive 3 et à 5 ans
  • La survie spécifique sans récidive à 3 et à 5 ans
  • Le taux de stomie définitive
  • Le coûtglobal de la procédure
  1. Analyses statistiques

La saisie et l’analyse des données a été faite par le logiciel SPSS. 18.0.

La description des variables qualitatives a été faite par le calcul des effectifs observés et des fréquences relatives (pourcentages).

Pour les variables quantitatives, nous avons calculé la moyenne arithmétique et l’écart- type pour les variables dont la distribution est gaussienne et la médiane et les extrêmes dans le cas contraire.

La vérification de la nature de distribution des variables quantitatives a été faite par l’estimation des coefficients de symétrie et d’aplatissement.

La comparaison de deux ou plusieurs fréquences a été faite par le test de chi2 de Pearson lorsque les conditions d’application étaient vérifiées. Dans le cas contraire, la comparaison de deux fréquences a été faite par le test de Fisher.

Pour l’étude du pronostic à long terme, nous avons fixé la date de la première intervention comme date d’origine. Pour le calcul du taux de survie (à 3 et à 5 ans), nous avons considéré comme évènement tout décès lié directement ou indirectement à la tumeur colique en occlusion.

Pour l’estimation de la survie globale sans récidive, nous avons considéré comme évènement l’ensemble des décès et des récidives loco- régionales et/ou à distance.

Pour l’estimation de la survie spécifique sans récidive, nous n’avons considéré que l’évènement récidive locorégionale et/ou à distance, et nous avons tenu compte du délai de survenue de la première récidive.

L’établissement des courbes de survie a été fait par la méthode de Kaplan Meyer.

La comparaison de deux ou plusieurs courbes de survie a été faite par le test de Logrank.

Le seuil de significativité a été fixé à 5%.

Résultats :

  1. Comparabilité des groupes

Notre étude inclus 19 hommes et 28 femmes soit un sex ratio de 0,69 dont la moyenne d’âge et de 62 ans. Les signes cliniques évocateurs de cancer colorectal étaient présents chez 46patients soit 97,9% des cas à savoir les troubles de transit, les hémorragies digestives, l’anémie ferriprive et l’altération de l’état générale. La durée moyenne du début de la symptomatologieavant la consultation était de 6,8 mois avec des extrêmes de 1 et 24 mois. Les troubles de transit étaient présents chez 34 patients soit 72,3% des cas avec la constipation comme principal symptôme. L’arrêt des matières et des gaz était le symptôme majeur rencontré chez 97,9% de nos malades .les douleurs abdominales étaient présents chez 41 patients et les vomissements étaient présents chez 39 patients. L’occlusion tumorale était confirmée au scanner en montrant un niveau transitionnel chez 46 patients soit 97,9%. La localisation de ce niveau transitionnel était au niveau du colon sigmoïde (50%) et de la charnière recto sigmoïdienne (30,4%). La taille moyenne de la tumeur chez nos patients était 4,9 cm. Lamédiane était de 5cm avec des extrêmes allant de 2 à 10 cm.

Les données du scanner avaient objectivées la présence de métastases hépatiques chez 6 patients et la participation du grêle chez 9 patients. Les signes de gravité étaient essentiellement une CRP élevée, une hyperleucocytose, une insuffisance rénale fonctionnelle et une hypokaliémie dans respectivement 48,9% ; 59,6% ; 57,4% et 17,2%.  Un diamètre du cæcum > 12 cm représente un signe de gravité avec un risque de perforation significativement important. Il a été trouvé chez 3 patients.

La prise en charge chirurgicale était répartie entre la colostomie d’amont chez 18 patients et la résection en urgence chez 29 patients. Les 2 groupes étaient comparables en termes du terrain, taille tumorale, extension et de signes de gravité (tableau 1).

  1. Résultats post opératoire de chaque groupe
  1. Chirurgie de dérivation : stomie d’amont

La stomie d’amont était pratiquée chez 18 de nos patients dans un délai moyen de 7,7 jours (E : 2à24 jours). La voie d’abord était élective dans 14 cas et une médiane dans 4 cas.

La morbidité globale post chirurgie de dérivation était de 22,2% (4 cas). Ces complications étaient de type chirurgicale stomiale spécifiques chez 3 patients ayant nécessité une reprise chirurgicale dans tous les cas et non spécifique type abcès pariétale dans un cas traité par une antibiothérapie.

Les 18 malades étaient proposés pour une chirurgie secondaire quiétait réalisée par voie médiane dans un délai moyen de 19,8 jours (Ecart type : 19,3jours) avec une médiane de 15 jours (E : 02 à 90 jours). La tumeur siégeait au niveau du colon pelvien et de la charnière recto-sigmoïdienne dans 94,5% des cas. Le type de la colectomie était une résection segmentaire basse dans 7 cas, une hémi-colectomie gauche dans 6 cas, élargies au colon transverse dans un cas et une résection antérieur dans 5 cas.Le rétablissement immédiat de la continuité était pratiqué chez 13 de nos patients soit 72,2% des cas. La morbidité globale après résection secondaire était de 22,4% avec 2 cas de complications médicales, 1 cas d’abcès pariétal et un cas de péritonite post opératoire par lâchage anastomotique ayant nécessité une reprise chirurgicale.  La mortalité était de 11,1 % (2cas de décès).

 Ainsi la morbidité et la mortalité de la procédure colostomie première (colostomie et résection secondaire) étaient respectivement de 27,8% et 11,1%.

La durée moyenne du séjour post opératoire était de 23,8 jours. La durée moyenne de la stomie était de 3,8 mois.

Parmi les 18 patients ayant eu une résection secondaire, 5 n’avaient pas eu de rétablissement immédiat et ils ont subi l’intervention de Hartmann. Un seul maladedes 5 a eu le rétablissement après 48 mois.

  1. Résection en urgence

La chirurgie de résection en urgence a concerné 29 malades soit 61,7%. Vingt-trois (79,3%) avaient eu une résection sans anastomose et 6 malades (20,7%) avaient eu une résection avec rétablissement immédiat de la continuité qui était une colorectale dans 3 cas, uneiléo rectale dans cas et une iléo colique dans 2 cas. La tumeur siégeait au niveau du colon pelvien ou de la charnière recto-sigmoïdienne chez 20 patients soit 68,9% des cas, le colon iliaque dans un 5 cas et l’angle colique gauche dans 4 cas. La colectomie était totale ou subtotale dans 3 cas et segmentaire dans les autres cas. Le type de résection était surtout une colectomie segmentaire basse dans 34,5% des cas.

La durée moyenne du séjour post opératoire était de 16,2 jours (Ecart type : 5,6 jours) avec une médiane de 16 jours avec des extrêmes allant de 3 à 32 jours.

La morbidité globale était de 27,6% (8 cas).ces complications étaient de type médicale dans un 3 cas, chirurgicales non spécifiques dans 3 cas à type d’infection pariétale dans un cas et une collection post opératoire dans un cas. Les complications spécifiques étaient au nombre de 3 (10,3%), elles étaient à type de rétractions stomiale dans 2 cas et une nécrose stomiale nécessitant une reprisechirurgicale.

Un seul patient est décédé après la résection tumorale à J1 post opératoire suite à une embolie pulmonaire avec un taux de mortalité de l’ordre de 3,5 %.

Le rétablissement de la continuité était pratiqué chez 13 patients (54,2%) parmi les 24 ayant eu une résection sans anastomose ou avec une anastomose protégée. Le délai de rétablissement était de 10,8 mois (Ecart type : 6,5 mois). La médiane était de 9,5 mois avec des extrêmes allant de 4 mois à 2 ans et 5 mois. Les causes de non rétablissement étaient surtout le décès à distance dans 54,5% des cas.

La morbidité globale du rétablissement de la continuité était de 10,3%. Parmi ces 3 cas compliqués, 2 cas avaient eu une intervention de Hartmann (66,7%).

La morbidité chirurgicale non spécifique à type d’infection de la paroi était notée chez un seul patient après un délai de 2 jours.

Deux patients ayant déjà subi une intervention de type Hartmann ont développé des complications anastomotiques à type de fistules bien dirigée après un délai de 3 jours.

Ainsi la morbidité et la mortalité de la résection en urgence étaient respectivement de 34,5% et 3,5%.

  1. Comparabilité des groupes sur les données de l’examen anatomopathologique

Le type histologique était un adénocarcinome Lieberkühnien dans tous les cas. Le statut p TNM était précisé chez tous les patients. Il s’agissait de T3 et de T4 dans 95,7% ; N+ dans 61,7 % et M+ dans 8,5 % des cas .Les emboles vasculaires, l’Engainement péri nerveux et la lymphangite carcinomateuse étaient présents dans respectivement 17 %, 36,2% et 17%.

L’étude anatomopathologique n’avait pas conclu à une différence statistiquement significative et les deux groupes étaient comparables en termes de statut TNM (tableau 2).

Critères de jugement principaux

  1. Etude comparative des résultats post opératoires immédiats :

La comparaison des résultats de la prise en charge des 2 groupes en termes de morbi-mortalitén’a pas montré de différence statistiquement significative. La durée de stomie était significativement plus prolongée dans le groupe résection (10,2 mois versus 3,8 mois, p=0,001), cependant, la durée de séjour globale a été significativement plus longue dans le groupe Stomie (23,8 jours versus 16,2 jours ; p=0,01).

Les limites chirurgicales étaient saines dans 45 cas soit 95,7% des cas avec 2 cas de limites chirurgicales envahies dans le groupe stomie. Quant au curage ganglionnaire, le nombre moyen de ganglions prélevés était de 13,5 ganglions (gg) (Ecart type : 4,5 gg) et le nombre moyen de ganglions envahis était de 2,2 ganglions (Ecart type : 3gg)

Les résultats étaient équivalents en termes de qualité de la résection chirurgicale. (Tableau 3)

  1. Etude comparative des résultats à long termes :

La survie globale des malades ayant eu une intervention en urgence était de 67 % et de 63,8% respectivement à 3 et à 5ans.

La survie globale sans récidive à 3ans des malades était de 58,3% et de 55,8% à 5 ans.

La comparaison de la survie globale, la survie sans récidive et de la survie spécifique sans récidive n’a pas montré de différence statistiquement significative avec une valeur de p respectivement p=0,86, p=0,82 et p=0,82.

Concernant les stomies définitives, le taux était plus élevé dans le groupe Résection mais sans différence significative (34,5% versus 22,2% ; p=0,13).

Le cout global de la procédure était plus élevé pour le groupe stomie mais sans différence statistiquement significative avec p=0,17 (tableau 4).

Discussion :

Le choix thérapeutique de la prise en charge des cancers coliques gauches en occlusion demeure controversé en l’absence de preuve formelle en faveur de l’une des techniques possibles. L’intervention de Hartmann et la colostomie de dérivation suivie de colectomie réglée restent les 2 méthodes les plus réalisées. La colostomie de proche amont a comme avantage d’être une technique rapide, peu morbide et permettant de préparer les patients pour une résection carcinologique dans des meilleures conditions [1 ,2]. Chez les patients à haut risque anesthésique la colostomie peut être réalisée sous anesthésie locale ou locorégionale. L’intervention de Hartmann donne aussi l’occasion de traiter en même temps opératoire le cancer colique et l’occlusion. Cette attitude est la plus réalisée dans la majorité des séries. En effet, une enquête américaine a révélé que 67% des cancers du côlon gauche en occlusion sont traités par une intervention de Hartmann [3]. Dans notre série cette attitude était aussi là plus adoptée puisqu’elle a été réalisée chez 49%.

Il n’excite à ce jour qu’un seul essai prospectif randomisé comparant la colostomie première à l’intervention de Hartmann [4]. Dans cet essai, les malades présentant un cancer colique gauche en occlusion en l’absence de lésions coliques et de métastases synchrones étaient randomisés en colostomie (n = 58) et intervention de Hartmann (n = 63). Dans le groupe colostomie, la résection colique était réalisée deux semaines plus tard. Dans le groupe intervention de Hartmann, le rétablissement de la continuité digestive était réalisé dans un à deux mois (seulement). Il a mis en évidence une différence statistiquement significative en faveur de la colostomie première concernant le taux de transfusion per opératoire (8/58, 14% vs 35/63, 55% ; p<0,01), la durée opératoire (70 vs 145 minutes ; p<0,01), les abcès de paroi (3/58, 5% vs 14/63, 22%, p=0,01) et le taux de stomie définitive à la fin du suivi (3/35, 8,5% vs 14/50, 28% ; p = 0,05). En revanche, la durée d’hospitalisation était significativement plus longue dans le groupe colostomie première que dans le groupe intervention de Hartmann (45 vs 32 jours ; p = 0,01).

Une première méta-analyse publiée en 2004 dans Cochrane [5], basé sur l’unique essai randomisé et 5 essais non randomisé a comparé la morbi-mortalité entre la colostomie première et la résection première (Hartmann ou résection anastomose protégée). Malgré la faible qualité statistique des études incluses, la colostomie première semblait être associée à une morbi-mortatlité moindre.

Outre le faible niveau de preuves des études comparant les différents types de chirurgie dans le cancer colique gauche en occlusion, les définitions des groupes sont variables d’une série à l’autre, rendant l’interprétation des résultats d’autant plus difficile.

Malgré ces résultats en faveur de la colostomie première, Les recommandations guidelines de la « Society of Emergency Surgery»publiées en 2010 préconisent la réalisation d’une intervention de Hartmann plutôt qu’une colostomie première avec un grade 2B. La colostomie de décharge est réservée aux patients à haut risque chirurgical [2].

Ces conclusions des revues de littérature et guidelines n’ont pas pu convaincre certaines équipes qui défendent toujours la colostomie première. En 2013, l’équipe de Saint-Antoine en France a publié son expérience dans la prise en charge des cancers du côlon gauche en occlusion chez 83 patients. Soixante-un (groupe 1) parmi eux ont eu une colostomie de décharge suivie de colectomie réglée, les autres patients ont eu une intervention de Hartmann (groupe 2, n = 11) ou une colectomie subtotale (groupe 3, n = 11). Lorsque les trois groupes étaient comparés, la colostomie première apparaissait comme étant moins à risque de morbidité (9,8 vs 54,5 vs 45,5 %) et de mortalité globale (39 vs 45 vs 54 %), avec une meilleure durée médiane de survie (26,1 vs 7 vs 18,1 mois) et un meilleur taux de survie à 5 ans (39,2 vs 24, 2 vs 20,5 %). De plus la colostomie première était associée à un nombre de ganglions examinés plus important par rapport à l’intervention de Hartmann (29 vs 22) et taux de stomie définitive plus faible par rapport à l’intervention de Hartmann (3% vs 18%) [6].

Une récente méta-analyse publié en 2015 incluant toutes les études depuis 1977 jusqu'à 2015 (8 études) incluant 2424 patients (1973 patients ayant subi la résection immédiate et 451 la colostomie première ) a conclu à une mortalité et morbidité équivalentes entre les 2 groupes [7] (OR = 0,77 ; IC 95% = 0,3-1,96 et OR = 0,76 ; IC 95% = 0,51-1,13, respectivement) et un taux de stomie définitive significativement plus faible dans le groupe colostomie première (9,4% vs 21,6%) ; (OR = 0,22, IC 95% = 0,11-0,46). En revanche cette méta-analyse n’a pas pu conclure quant à la durée d’hospitalisation vue l’absence d’Ecart type dans la majorité des études.

Ces résultats ont été appuyés par une récente étude suédoise rétrospective publiée en 2016, colligeant 100 cas d’occlusion par cancer colique gauche (57 résection immédiate vs 43 colostomie ou endoprothèse première) [8]. Les auteurs ont conclu à :

-Une morbi-mortalité équivalente.

-Supériorité de la colostomie première ou d’endoprothèse colique par rapport à la résection immédiate en termes de curage ganglionnaire (21% vs 8,7 gg) et de taux de stomie définitive (21% vs 35%).

- Supériorité de la résection immédiate par rapport à la colostomie avec une relation statistiquement significative en terme de durée de séjour globale (15 vs 24jours ; p=0,001).

Conclusion

Le choix de la méthode chirurgicale du cancer du côlon gauche en occlusion demeure non fondé sur des preuves solides. La colostomie première présente l’avantage de traiter l’occlusion, de faire le bilan d’extension, d’être associée à un taux plus faible de stomie définitive et pourrait être associée à un meilleur curage ganglionnaire lors du 2èmetemps opératoire. Cependant, la résection immédiate n’a montré sa supériorité par rapport à la colostomie première qu’en termes de durée de séjour. De ce fait, les recommandations de la « Society of Emergency Surgery » restent peu convaincantes, ce qui incite à réaliser d’autres essais randomisés comparant les deux stratégies.

Points essentiels :

  • Il n’y avait pas de différence significative entre le groupe Résection en urgence et le groupe Stomie en termes de mortalité (6,4 % vs 11,1%, p=0,6), de morbidité globale (22,4% vs 27,6%, p=0,63), de survie globale (62,4 % vs 65,6%, p=0,86) et de survie sans récidive (53,5% vs 59,6%, p=0,82).
  • La durée de stomie était significativement plus coure dans le groupe stomie (10,2 mois vs 3,8 mois, p= 0,001), sous réserve d’un allongement significatif de la durée de séjour (23,8 vs 16,2 jours, p=0,01).
  • Le taux de stomie définitive était plus élevé dans le groupe Résection mais sans différence significative (34,5% versus 22,2% ; p=0,3)

 

Références

  1. A. Gainant. Emergency management of acute colonic cancer. J Visc Surg. 2012 Feb; 149(1):3-10.

2. Ansaloni F, Anderson RE, Bazzoli F et al. Guidelines in the management of obstructing cancer of the left colon: consensus conference of the World Society of Emergency Surgery (WSES) and Peritoneum and Surgery (PnS) Society. World J Emerg Surg. 2010 Dec 28; 5:29.

3.Frago R, Ramirez E, Millan M, Kreisler E, Del Valle E, Biondo S. Current management of acute malignant large bowel obstruction : a systematic review. Am J Surg. 2014 Jan; 207(1):127-38.

4. De Salvo GL, Gava C, Pucciarelli S, Lise M. Curative surgery for obstruction from primary left colorectal carcinoma: primary or staged resection.Cochrane Database Syst Rev. 2004 ;( 2):CD002101.

5.Kronborg O. Acute obstruction from tumour in the left colon without spread. A randomized trial of emergency colostomy versus resection. Int J Colorectal Dis. 1995; 10(1):1-5.

6.Chéreau N, Lefevre JH, Lefrancois M, Chafai N, Parc Y, Tiret E. Management of malignant left colonic obstruction: is an initial temporary colostomy followed by surgical resection a better option.Colorectal Dis. 2013 Nov; 15(11):646-53.

7. Amelung FJ, Mulder CL, Verheijen PM, Draaisma WA, Siersema PD, Consten EC. Acute resection versus bridge to surgery with diverting colostomy for patients with acute malignant left sided colonic obstruction: systematic review and meta-analysis. Surg Oncol. 2015 Dec; 24(4):313-21.

8. Öistämö E, Hjern F, Blomqvist L, Falkén Y, Klas P, Abraham-Nordling M. Emergency management with resection versus proximal stoma or stent treatment and planned resection in malignant left-sided colon obstruction. World J Surg Oncol. 2016 Aug 30 ; 14(1) :232.

 

Tableau 1 : comparaison des 2 groupes en termes du terrain, taille tumorale, extension et de signes de gravité.

variable

résection

stomie

p

Age

60.7

63.7

0.49

Sex-ratio

0.52

1

0.29

Comorbidité

11

8

0.65

AEG

10

6

0.94

Participation du grêle

6

3

1

Taille de la tumeur(en cm)

5

4

0.13

Métastase hépatique

5

1

0.38

Signes de gravité

hyperleucocytose

18

10

0.66

CRP

14

9

1

IRF

18

9

0.42

Diamètre du caecum

9 cm

8 cm

0.17

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Tableau 2 : comparaison en termes de statut TNM

Statut TNM

 

Résection

stomie

p

T

T2ou T3

24

13

0.3

T4

5

5

N

N-

12

6

0.45

N+

17

12

M

M-

23

18

0.14

M+

4

0

 

 

Tableau 3: Comparaison des résultats à court termes de la prise en charge des 2 groupes

variable

total

résection

stomie

p

Morbidité globale

15(31.9%)

10(34.5%)

5(27.8%)

0.63

Morbidité chirurgicale non spécifique

6(12.8%)

4(13.8%)

2(11.1%)

1

Lâchage anastomotique

3(6.4%)

2(6.9%)

1(5.4%)

1

Séjour global(j)

19.1

16.2

23.8

0.01

Séjour en réanimation (j)

1.5

1.2

1.8

0.13

Durée de stomie (mois)

6.8

10.2

3.8

<0.001

Nombre ganglions prélevés

13.5

13

13.5

0.53

Nombre ganglions envahis

2

2

2

0.88

Limites chirurgicales saines

45(95.7%)

29(100%)

16(88.9%)

0.14

 

 

Tableau 4 : Comparaison des résultats à long termes de la prise en charge des 2 groupes

variable

total

résection

stomie

p

Stomie définitive

14(29.8%)

10(34.5%)

4(22.2%)

0.13

Survie à 5ans

63.8%

62.4%

65.8%

0.86

Survie sans récidive à 5 ans

55.8%

53.5%

59.6%

0.82

Survie spécifique sans récidive à 5 ans

74.1%

76.1%

71.5%

0.82

Cout (dinars)

3037.7

2850.7

3389.7

0.17