Amoebome simulant un cancer colique compliqué: pièges diagnostiques et conduite thérapeutique

Maghrebi Houcine |

La tunisie chirurgicale - 2021 ; Vol 2021

Resumé

L’amibiase est une parasitose très due au protozoaire Entamoeba (E.) histolytica. En Tunisie, l’amibiase maladie est rare et les localisations viscérales sont exceptionnellement rapportées [1,2]. L’amoebome est une forme anatomo-clinique rare de cette infection.  Elle peut revêtir des aspects cliniques polymorphes pouvant poser des problèmes de diagnostic différentiel essentiellement avec les  adénocarcinomes coliques.

A travers ces deux observations, on se propose de mettre le point sur  les pièges diagnostiques et les modalités thérapeutiques.

Mots Clés

Amoebome

Introduction :

L’amibiase est une parasitose très due au protozoaire Entamoeba (E.) histolytica. En Tunisie, l’amibiase maladie est rare et les localisations viscérales sont exceptionnellement rapportées [1,2]. L’amoebome est une forme anatomo-clinique rare de cette infection.  Elle peut revêtir des aspects cliniques polymorphes pouvant poser des problèmes de diagnostic différentiel essentiellement avec les  adénocarcinomes coliques.

A travers ces deux observations, on se propose de mettre le point sur  les pièges diagnostiques et les modalités thérapeutiques.

Article

Observation 1 :

Mr S.J. âgé de 50 ans, sans antécédents, a consulté nos urgences pour un  syndrome douloureux et fébrile de la fosse iliaque gauche sans trouble du transit ni signe urinaires associés. Le malade était fébrile. L’examen physique révélait une défense de la fosse iliaque gauche. Il avait  un syndrome inflammatoire biologique. On avait complété par un scanner abdominal (figure 1- 2) qui avait montré un épaississement pariétal du colon sigmoïde, circonférentiel, irrégulier, sténosant, étendu sur environ 8 cm  avec mise en évidence d’un pneumopéritoine. Une laparotomie exploratrice a été pratiquée. On découvre une péritonite généralisée en rapport avec une tumeur perforée du  sigmoïde. On réalise une toilette péritonéale avec une colectomie segmentaire basse et une double colostomie à la Bouilly Wolkmann.  L’examen anatomo-pathologique de la pièce de colectomie avait conclu à une amibiase dans sa forme pseudo tumorale. Un complément de traitement à base de métronidazole (Flagyl) a été réalisé pendant une durée de 15 jours. L’examen parasitologique des selles est revenu négatif. La sérologie de l’amibiase (ELISA) est revenue négative. Le patient avait eu un rétablissement de la continuité par voie élective.

 

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Figure 1 -2 : scanner abdominal montrant une masse au dépend du colon sigmoïde

Observation 2 :

Mme T.D.âgée de 70 ans, sans antécédents pathologiques notables, avait consultait pour un syndrome douloureux et fébrile de la fosse iliaque droite évoluant depuis 7 jours avec exacerbation des douleurs depuis 24 heures. L’examen avait retrouvé une température à 38°C ainsi qu’une masse de la fosse iliaque droite douloureuse, mobile par rapport aux plans superficiels et profonds et faisant 5 cm de grand axe. A la biologie,  on retrouvait un syndrome inflammatoire biologique : Globules Blancs : 17200 et la CRP à 120. La tomodensitométrie (figures 3 - 4) montrait un épaississement caecal avec infiltration de la région iléo-caecale. L'indication opératoire été retenue.  L’exploration, par voie cœlioscopique, a mis en évidence une masse de la fosse iliaque droite se développant au dépend du caecum et adhérente au péritoine pariétal postérieur sans visualisation de l’appendice. On réalise une laparo-conversion et une hémi-colectomie droite carcinologique avec anastomose iléo-colique. L’examen anatomo-pathologique de la pièce a conclu à un amoebome du carrefour iléo-caecal. La patiente a bénéficié d’une cure de 15 jours à basemétronidazole à la dose de 500mg*3/jour. On est actuellement à 3 ans de reculs et la patiente n’a pas présenté de récidive.

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Figures 3 – 4 : scanner abdominal montrant un épaississement caecal avec infiltration de la région iléo-caecale.

 

Discussion

L’amoebome est une tumeur bénigne rare du tube digestif d’origine parasitaire. Il s’agit d’une forme rare de l’amibiase chronique  secondaire à la prolifération d’un tissu de granulation au niveau de la paroi colique [3]. L’agent responsable est Entamoeba histolytica. Le foie est l’organe intra-abdominal extra-intestinal le plus fréquemment touché [4]. Le rectum et le caecum représentent 80% des localisations intestinales [5].   La symptomatologie clinique est souvent non spécifique. L’amoebome  peut être responsable d’une altération de l’état général, de rectorragies, de troubles du transit à type de diarrhée et/ou constipation, de syndromes sub-occlusifs ainsi que d’une masse abdominale. Dans nos deux observations, l'amoebome a mimé une urgence chirurgicale, ce qui est rarement rapporté dans la littérature. Dans le premier cas une occlusion et dans le second un abcès appendiculaire. Sur le plan paraclinique, en dehors de l'examen parasitologique des selles et de la sérologie qui sont souvent positifs, l’endoscopie digestive permet de faire le diagnostic dans 60% des cas. En cas de doute diagnostique ou si l’aspect endoscopique est évocateur d’une origine néoplasique, les biopsies avec examen anatomo-pathologiques permettent de redresser le diagnostic en mettant en évidence l’amibe hématophage [2,3] .  En effet, le diagnostic différentiel clinique, radiologique, endoscopique et opératoire de l’amoebome est l’adénocarcinome colique qu’il faut s’acharner à éliminer d’autant plus qu’une association des deux pathologies est possible [5,6]. Des cas d’adénocarcinomes coliques surinfectés par Entamoeba histolytica ont même été décrits. De même dans les situations d’urgence, les explorations radiologiques et en particulier le scanner abdominal permettent de retrouver l’amoebome sous forme d’une  masse abdominale sans pouvoir  préjuger de son origine. Sur le plan thérapeutique, ces pseudotumeurs parasitaires régressent rapidement sous traitement médical bien conduit à base de métronidazole  à la dose de 1,5g par jour répartis en 3 prises [6]. Les lésions disparaissent dans 70 à 80% des cas en 3 semaines. Dans le contexte d’urgence, le traitement chirurgical s’impose. De même en cas de doute diagnostic avec des tumeurs digestives ou  d’absence d’amélioration clinique et endoscopique après un mois de traitement. Dans ces cas, le diagnostic sera confirmé par l’examen anatomo-pathologique de la pièce opératoire qui montre un infiltrat lymphoplasmocytaire important associé à des amibes hématophages

Conclusion

L’amoebome est une forme anatomo-clinique rare de l’infection à Entamoeba histolytica. Il peut mimer en tous points un adénocarcinome colique qu’il faut s’acharner à éliminer d’autant plus que l’association des deux pathologies est possible. Le diagnostic repose essentiellement sur l’examen anatomo-pathologique de biopsies endoscopiques ou de pièces opératoires. Son traitement est strictement médical, sauf dans les formes compliquées ou mimant un cancer colique qui demeurent cependant extrêmement rares.

Références

1.Makni F, Sellami H, Sellami A, Cheikhrouhou F, Ayadi H, Ben Jemaa M, Ayoub A, Beyrouti I, Ayadi A. L’amibiase viscérale : bilan dans le CHU de Sfax. Rev Tun Infectiol 2007 ; 1(2): 20-4.

2.Bouratbine A, Maamouri N, Ben Abdallah R, Aoun K, Haouet S, Boubaker J, Ben Jilani S, Ghorbel AJ, Najjar T, Ben Ammar A. Données épidémiologiques, cliniques et parasitologiques concernant l’amibiase intestinale dans le nord de la Tunisie. Tunis Med 2003;81 (5) : 318-22

3. Obbi B (2008) Amebiasis. Mayo Clin Proc 83:1154–60

4. Laamrani El Idrissi A, Lyagoubi M, Barkia A, Ayoujil M et al. Prévalence des parasitoses intestinales au niveau de trois provinces au Maroc. Eastern Mediterranean Health Journal.

1999; 5(1): 86-102.

5. Joshi D, Aga R. Cecal ameboma. Clin Gastroenterol Hepatol.  2010 Jan;8(1):A28.

6. Mhlanga BR, Lanoie LO, Norris HJ, et al (1992) Amebiasis complicating carcinoma: a diagnostic dilemma. Am J Trop Med Hyg 46:759–64