La fumée chirurgicale est-elle dangereuse à l’ère de la COVID 19 ?

ABID Bassem | FOURATI Kais | KCHAOU Majdi | Ben amar Mohamed |

La tunisie chirurgicale - 2022 ; Vol 2022

Resumé

La pandémie de la Covid-19 a considérablement changé nos pratiques médicales.

L’objectif  de cet article est d’étudier le risque de transmission du virus SARS Cov2 par la fumée chirurgicale et de proposer les mesures de prévention adéquates.

Le produit de pyrolyse, contenant des éléments biologiquement actifs, risque de transmettre des particules virales dont le SARS Cov2.

Le SARS Cov2, un virus de petite taille, peut être transmis à travers la fumée chirurgicale.

Afin de minimiser ce risque, des mesures collectives et individuelles doivent être appliquées : une ventilation et un nettoyage adéquat des salles opératoires, l’utilisation de capteurs de fumée à la source et le port de masque FFP2ou même FFP3.

Mots Clés

virus, SARS cov2, fumée chirurgicale, prévention

Introduction :

La fumée produite lors des interventions expose les chirurgiens, outre la gêne olfactive, au risque de transmission d’agents pathogènes.

 La vapeur d’eau, le constituant principal de cette fumée,peut transmettre des éléments biologiquement actifs (des cellules, des bactéries ou des virus).

Dans l’ère de la pandémie de la Covid 19, plusieurs questions se posent quant aux modalités de transmission de ce virus.

Nous étudions dans cet article le risque de transmission du virus de Covid 19 par la fumée chirurgicale et nous proposons les mesures de prévention adéquates.

 

Article

Risque de transmission virale par la fumée chirurgicale :

Lafumée chirurgicale est composée majoritairement d’eau (95%), de gaz, de vapeurs, d’aérosols liquides ou solides.L’électrocoagulation génère des particules dont le diamètre est < 0,1 μm, le laser près de 0.3 μm et le scalpel à ultrasons entre 0,35 et 6,5 μm(1).Les particules d’aérosols dont le diamètre moyen est de 0,5 μmsont susceptibles d’être inhalées et déposés dans les alvéoles pulmonaires. Il peut s’agir de cellules intactes, de fragments de cellule ou d’ADN viral.

La transmission de bactéries ou d’ADN viral par la fumée a été bien demontrée dans plusieurs études. L’exemple est celui du virus de HPV retrouvée dans la fumée dégagée dans le traitement de verrues au laser (2,3,4).Une papillomatoselaryngée a été reconnue comme maladie professionnelle chez une infirmière qui exerçait la fonction d’assistante lors du traitement de papillomatoses.

Baggish et al ont montré dans une autre étude que la vaporisation des cellules contenant le VIH (ANR de 0,12μm de diamètre)in vitro produit une fumée contenant l’ADN proviral de ce virus(5).

Le virus SRAS-CoV-2 responsable de la pandémie de la Covid-19 est un virus à acide ribonucléique (ARN) mesurant 0,06–0,14 μm.

Sa tailleest très proche du HIV (0,12μmde diamètre), donc des mesures de préventions adaptéesdoivent être prises vu le risque de transmission dans l’attente d’études prospectives plus spécifiques.(6).

Mesures de protection contre la fumée chirurgicale lors de la pandémie de laCovid 19

De façon générale, il faut assurer une ventilation adéquate dans tous les services de l’établissement de santé ainsi qu’un nettoyage approprié de l’environnement pour  réduire la propagation des agents pathogènes (7).

Concernant le bloc opératoire, les procédures de nettoyage et de désinfection doivent être correctement et systématiquement suivies : le nettoyage des surfaces avec de l’eau et un détergent et l’application de désinfectants (comme l’hypochlorite de sodium) sont des procédures efficaces (8). Le linge, les ustensiles de restauration et les déchets médicaux doivent être gérés conformément aux procédures sécurisées habituelles (9).

Le système de captage de fumée avec filtre à usage unique est utilisé pour éliminer la fumée du champ opératoire.

La réalisation des actes opératoires nécessite une ventilation avec un débit d’air d’au moins 160 l/s par patient ou dans une pièce à pression négative avec au moins 12 renouvellements d’air par heure et une direction contrôlée du flux laminaire dans le cas d’une ventilation mécanique (10) .

Pour les personnels en contact avec les patients suspects de covid 19, la protection des yeux par le port de lunettes de protection ou visière est recommandée dans les situations à risque d’exposition aux liquidesbiologiques (sécrétions respiratoires, selles, urines, sang, etc) ou des produits de pyrolyse.

Le masque chirurgical n’assure pas une protection adéquate car il ne retient pas non plus les particules très fines qui peuvent se former lors de processus de pyrolyse ni les agents biologiques (virus, fragments de cellules).

 

Selon  la National Institute for OccupationalSafety and Health, les masques « FilteringFacePiece » FFP2 et FFP3 répondent aux critères d’efficacité de filtration avec des taux de 94 %  et 99 % respectivement. (11)

 

Conclusion

Le risque de transmission de particules virales par la fumée chirurgicale a été clairement établi.

Le SARS Cov2, un virus de petite taille, peut être transmis à travers le produit de pyrolyse.

La ventilation de la salle opératoire, la mise en place d’un système de captage de fumée à la source et le port de masque de type FFP2 ou FFP3 seraient bénéfiques pour minimiser ce risque.

Des essais cliniques portant sur ce sujet sont nécessaires à fin de fonder des données de niveau de preuve plus fort.

 

 

 

 

 

 

Références

1.Alp, E., Bijl, D., Bleichrodt, R. P., Hansson, B., & Voss, A. (2006). Surgical smoke and infection control. Journal of Hospital Infection, 62(1), 1–5.

2. Garden JM, O'Banion MK, Shelnitz LS, et al. Papillomavirus in the vapor of carbon dioxide laser-treated verrucae. JAMA. 1988;259(8):1199‐1202.

3. Sawchuk WS, Weber PJ, Lowy DR, Dzubow LM. Infectious papillomavirus in the vapor of warts treated with carbon dioxide laser or electrocoagulation: detection and protection. J Am AcadDermatol. 1989;21(1):41‐49.

4.Kashima HK, Kessis T, Mounts P, Shah K. Polymerase chain reaction identification of human papillomavirus DNA in CO2 laser plume from recurrent respiratory papillomatosis. Otolaryngol Head Neck Surg. 1991;104(2):191‐

5.Baggish MS, Poiesz BJ, Joret D, Williamson P, Refai A “ Presence of human immunodeficiency virus DNA in laser smoke “Lasers Surg Med. 1991; 11(3):197-203.

6. Bar-On, Yinon M et al. “SARS-CoV-2 (COVID-19) by the numbers.” eLife vol. 9 e57309. 2 Apr. 2020.

 

7.DiFiore F, Bouché O, Lepage C, et al. COVID-19 epidemic: Proposed alternatives in the management of digestive cancers: A French intergroup clinical point of view (SNFGE, FFCD, GERCOR, UNICANCER, SFCD, SFED, SFRO, SFR). Dig Liver Dis. 2020;52(6):597-603.

 

8. CDC and ICAN. Best Practices for Environmental Cleaning in Healthcare Facilities in Resource-Limited Settings. Atlanta, GA: US Department of Health and

Human Services, CDC; Cape Town, South Africa: Infection Control Africa Network; 2019.

9. Decontamination and Reprocessing of Medical Devices for Health-care Facilities. Geneva: World Health Organization; 2016

10. Jefferson T, Del Mar CB, Dooley L, Ferroni E, Al-Ansary LA, Bawazeer GA et al. Physical interventions to interrupt or reduce the spread of respiratory viruses. Cochrane Database Syst. Rev. 2011,7:CD006207.

11. https://www.cdc.gov/niosh/index.htm