Les stratégies d’adaptation des patients porteurs d’une colostomie

ABID Bassem | FENDRI Sami | REJAB Haitham | Zouari AMINE | TRIGUI Aymen | BENAMAR Mohamed |

La tunisie chirurgicale - 2022 ; Vol 2022

Resumé

La colostomie est une intervention lourde entrainant des altérations physiques, psychologiques et sociales. Sa prise en charge nécessite non seulement l’amélioration de qualité de vie des patients mais également une amélioration de leurs stratégies d’adaptation. L’infirmier joue un rôle primordial dans l’éducation thérapeutique et l’accompagnement des patients depuis la phase préopératoire.

Mots Clés

Colostomie, stratégie d’adaptation, accompagnement, éducation thérapeutique

Introduction :

La colostomie ou « anus artificiel » dans le langage courant, est une intervention chirurgicale qui consiste à  extérioriser un segment du côlon à la paroi abdominale Elle peut être temporaire ou définitive. Elle est principalement réalisée dans le cadre de cancers colorectaux ou de pathologies benignes tel-que les volvulus du colon pelvien ou les pathologies inflammatoires ou traumatiques[1]. La colostomie constitue une effraction physique, psychique et sociale. Les personnes colostomisés sont confrontées à un grand défi psychologique d’altération du sentiment de contrôle de soi, particulièrement dans la période postopératoire immédiate [2]. Ces patients doivent alors apprendre à s’adapter à de nouvelles limites, mais aussi à réaliser leurs auto-soins. Le rôle du personnel soignant dans l’accompagnement des patients, en pré, per et post opératoire, est fondamental afin de les accompagner à trouver les stratégies d’adaptation efficaces dans le cadre d’une démarche d'éducation thérapeutique.Le but de notre étude est d'identifier les types et la nature des problèmes qui rendent difficile l'adaptation du patient stomisé et de décrire des stratégies d'adaptation du patient colostomisé au service de chirurgie générale au CHU Habib Bourguiba de Sfax Tunisie.

Article

Patients et méthodes :

Il s’agit d’une étude  descriptive simple incluant 43 patients colostomisés opérés au service de chirurgie générale du CHU Habib Bourguiba de Sfax, Tunisie. Nous avons utilisé le questionnaire Ostomy Assessment inventory 23[3].Les données recueillies ont été analysées sur le logiciel de statistique SPSS20 ©  et le test de fiabilité alpha Cronbach a été appliqué.

 

Résultats :

L'âge moyen des patients était de 57.1 ans avec des extrêmes allant de 28 à 89 ans et un sexe ratio H/F de1,3.Parmi les 43 patients participants, 27 patients étaient mariés (65%), 10 célibataires (18%), 4  veufs (12%) et 2  divorcés (5%).Parmi les  43 participants, 32  (74.4%) assuraient eux-mêmes les soins de leur stomieset 11 patients (25.5%) déclaraient avoir besoin d’aide.

90% des patients (39 patients) ont déclaré avoir reçu une formation sur les soins quotidiens alors que  seulement 7 patients ont déclaré avoir reçu des informations sur la gestion des complications éventuelles de la colostomie.

Le tableau ci-dessous (tableau I) représente le score obtenu de l’analyse des résultats des quatre modes du questionnaire OAI-23.

 

Variable

Score Minimum

Score Maximum

Score Moyen

 

Écart type

Mode physiologique

1

25

12,93

6,47

Mode concept de soi

7

50

27

11,88

Mode fonction de rôle

0

8

3,58

2,13

Mode d’interdépendance

1

4

3,02

0,91

Score global

10

84

46,53

19,78

Tableau I: le score des stratégies d’adaptation des patients porteurs d’une colostomie.

 

 

Nous avons remarquéque20 patients (46.5%) ont déclaré que prendre soin d'une stomie est difficile et que 19 patients (44.1%) ont déclaré qu'ils n'aimaient pas toucher ou regarder leur stomie, 15 patients (34.8%) avaient l'impression d'avoir perdu le contrôle de leur vie et 31 patients (72%) n'ont pas accepté la stomie comme faisant partie de leur corps.

Le test de corrélation entre le score global et les données sociodémographiques et cliniques a montré une différence dans le score d’adaptation très fortement significative (p=0.000) entre les différentes tranches d’âge.Les patients qui vivent avec un conjoint ou une tierce personne ont un meilleur score d’adaptation (M=49,86) par rapport à ceux qui vivent seuls avec une différence significative (p=0.003).La différence était également  très fortement significative (p=0, 000) en faveur des patients qui assurent leur propre soins (M=52,21) par rapport à ceux qui dépendent des autres (M=27,80)

 

 

 

 

Discussion :

L’analyse de la corrélation entre les caractéristiques sociodémographiques, les données cliniques et le score global a montré que les patients âgés de plus de 70 ans ont eu le score d’adaptation le plus faible. D’autre part, les patients qui ne vivent pas seuls ont un meilleur score. La capacité du patient à faire ses auto-soins présente un  facteur clé pour faciliter l’adaptation. Toutefois le  facteur le plus influent reste la réception d’informations et de formation.

Selon Roy, l'adaptation est le processus de changement et le résultat d'efforts pour répondre aux stimuli de l'environnement afin de maintenir son intégrité. C'est un phénomène universel qui s'applique à chaque être humain comme un être biopsychosocial en interaction constante avec un environnement changeant à laquelle il a la capacité de s’adapter selon quatre modes: le mode physiologique, le mode concept de soi, le mode fonction de rôle et le mode d'interdépendance[4].

L’infirmier joue un rôle fondamental dans l’évaluation puis l’intervention en vue de promouvoir l’adaptation du patient colostomisé.En effet, la création d’une colostomie induit des problèmes physiques et psychosociaux majeurs. Les patientssont contraints de vivre une perturbation de l’image de soi et présentent des problèmes d’ajustement et d’adaptation face à la stomie, altérant ainsi leur qualité de vie [5].

L’intervention des soignants se concentre autour d’une démarche d’éducation thérapeutique du patient, dans laquelle apparaît le rôle de l'infirmier qui, à son tour, est l'un des acteurs les plus importants du processus d'éducation du patient depuis la phase préopératoire jusqu’à durant la phase post hospitalière afin d’optimiser la qualité de vie et de détecter les signes prémonitoires d’une complication éventuelle [6].

 

Conclusion :

La création d’une colostomie représente un défi physique, social et comportemental aux patients imposant l’acquisition d’une adaptation adéquate. Il est de ce fait important d’élaborer des programmes d’éducation thérapeutique visant à promouvoir une prise en charge des patients colostomisés afin de les préparer ainsi que leurs familles dès la phase préopératoire.

 

Références

[1] Trabelsi F, Abeljalil SB, Derbal F, Bougmiza I. Les stratégies d’adaptation des patients colostomisés qui vivent une perturbation de l’image de soi après un mois de chirurgie. Rech Soins Infirm. 2017;(129):89-103

[2] BeaubrunDiant, Sordes F, Chaubard T. Impact psychologique de la stomie sur la qualité de vie des patients atteints d’un cancer colorectal : rôle de l’image du corps, l’estime de soi et l’anxiété. Bulletin du cancer. 2018 ; 105(6) :573–580.

[3] Kingsley L Simmons 1, Jane A Smith, AtsukoMaekawa. Development and psychometricevaluation of the OstomyAdjustment Inventory-23. J WoundOstomy Continence Nurs. 2009 ;36(1):69-76.

[4] Roy C. Adversity and theory: the broadpicture. Nursing science quarterly. 2008 ; 21(2), 138–139

[5] Soravia C, Beyeler S, Lataillade L. Intestinal stoma: preoperative and postoperative management. Revue Medicale Suisse. 2005 ; 1(10), 708-9.

[6] Cakmak A, Aylaz G, Kuzu MA. Permanent stoma not only affects patients' quality of life but alsothat of theirspouses. World journal of surgery. 2010 ; 34(12), 2872–2876.