Métastase cutanée d’un adénocarcinome gastrique mimant une tumeur inflammatoire du sein

Hanen Bouaziz |

La tunisie chirurgicale - 2017 ; Vol 0

Resumé

L’adénocarcinome gastrique peut avoir des localisations secondaires différentes. La localisation cutanée secondaire est rare. Elle a été rapportée chez moins que 5% des cancers gastriques. Les métastases cutanées restent de mauvais pronostic et s’associent à un stade avancé de la tumeur. Nous en rapportons une observation originale d’une femme âgée de 50 ans sans antécédent pathologiques notables suivie pour un adénocarcinome fundique, localement avancé avec une carcinose péritonéale. La patiente a eu 6 cures de chimiothérapie de première ligne type Folfox puis elle nous a été adressée pour une lésion cutanée mammaire gauche. La biopsie et l’immunohistochimie ont confirmé la localisation secondaire cutanée. Une chimiothérapie de deuxième ligne a été indiquée mais la patiente a été perdue de vue.
 

Mots Clés

Adénocarcinome gastrique Métastases cutanées métastase mammaire immunohistochimie

Introduction :

La localisation secondaire cutanée représente 10% [1]. Le site primitif généralement retrouvé est le sein, les poumons, le colon et l’ovaire [2]. 
Les métastases cutanées des tumeurs digestives sont rares et représentent mois que 5% [1]. Leur localisation est généralement proche de la tumeur primitive et se situe surtout au niveau de la région abdominale. Une localisation cutanée mammaire mimant un cancer du sein inflammatoire a été rarement décrite.    
 

Article

Observation 
Il s’agit d’une patiente âgée de 43ans sans antécédents personnels ou familiaux particuliers qui consultait pour des épigastralgies et des vomissements avec notion d’amaigrissement et altération de l’état général évoluant depuis sept mois. L’examen initial était sans particularités et au bilan biologique, elle présentait une anémie hypochrome microcytaire à 9 g/dL.
Le CA19-9 était à 176,2U/ml (4X normale) et l’ACE était à 2,3 ng/ml (normale). La fibroscopie oeso-gastroduodénale objectivait une infiltration ulcéro-végétante en fer à cheval sous cardial et étendu au corps gastrique. La muqueuse était boursouflée et ulcérée et l’examen anatomopathologique avait conclu à un adénocarcinome gastrique à cellules indépendantes en bague à chaton dépassant la musculaire muqueuse et ulcérant la surface. Le bilan d’extension locorégional et à distance montrait un épaississement circonférentiel transmural de la paroi gastrique avec masse tissulaire nécrosée fundique à développement exophytique avec une densification de la graisse adjacente (Fig 1). Cette masse envahit médialement et en haut le foie gauche et le diaphragme et les muscles inter costaux latéralement (Fig2). Le scanner thoraco-abdomino-pelvien montrait aussi des nodules de carcinose péritonéale et une infiltration hypodense de la plaque hilaire hépatique.  La patiente a eu six cures de chimiothérapie de première ligne type Folfox avec une bonne tolérance. Un mois après la fin du traitement la patiente nous a été adressée pour aspect érythémateux et inflammatoire du sein gauche avec présence de multiples nodules cutanée sous mammaire. L’examen trouvait une patiente cachectique dénutrie avec une ascite de moyenne abondance. Le sein gauche avait un aspect inflammatoire (Fig 3, 4). Au niveau du sillon sous mammaire, l’examen objectivait une infiltration cutanée de 5 cm de grand axe, nodulaire de couleur violacée, douloureuse, fixée (Fig 5) associée à une adénomégalie axillaire gauche suspecte de 20 mm mobile. .L’examen ne trouve aucune autre localisations cutanées. Le reste des aires ganglionnaire était libre. Une échographie mammaire associée à une mammographie étaient normales. La biopsie d’un nodule cutané confirmait la nature métastatique avec à l’immunohistochimie CK7+, CK20-, ACE+, montant un aspect en faveur d’un adénocarcinome à cellules indépendantes en bague à châton compatible avec une origine gastrique. Une chimiothérapie de deuxième ligne a été indiquée mais la patiente a été perdue de vue dans un contexte d’altération de l’état général.

DISCUSION
L’adénocarcinome gastrique représente 95% des tumeurs gastrique. Les cellules en bague à chatons représentent 8,7% [1]. Seules 16 à 20 % des métastases cutanées sont des cancers à cellules en bague à chaton [3].  Les lésions cutanée peuvent être synchrones ou métachrones. Leur présence indique une évolution importante de la maladie [4,5]. Le mécanisme de la dissémination métastatique n’est pas claire, se fait en grande partie via les vaisseaux lymphatiques. L’aspect clinique est polymorphe, prenant des formes parfois trompeuses [6].
Les métastases cutanées se manifestent généralement par l’apparition de nodules, pour la plupart indolores. Les nodules sont le plus souvent ronds, fermes, et mobiles. Ils sont généralement de la couleur de la peau, mais peuvent être rouges à violacés, bleuâtres, ou noirâtres. Parfois, ils miment un zona, un érysipèle ou une cellulite [7].
L’abdomen et la poitrine sont les sites les plus communs de métastases, c’est le cas de notre patiente. La présentation clinique dans notre cas est très atypique vu qu’elle mimait un carcinome mammaire inflammatoire. Devant les antécédents de la patiente, le premier diagnostic à évoquer était la métastase cutanée sachant que l’imagerie mammaire était négative.  Autre localisations comme le scalp ou la région cervicale ont été rapportés dans la littérature [6,8]. Sur le plan histologique, les caractéristiques immunohistohimiques de la lésion sont similaires à ceux de la tumeur primitive.
Le pronostic des métastases cutanées des carcinomes gastriques reste sombre, avec une mortalité élevée (moyenne de survie de 7,5 mois [7,9], d’autant plus que ces métastases cutanées sont souvent associées à d’autres métastases ganglionnaires et péritonéales et sont rarement isolées. 

CONCLUSION
Les manifestations cutanées des métastases sont parfois trompeuses, et peuvent mimer une autre pathologie. Le clinicien doit poser le diagnostic et indiquer une biopsie cutanée surtout devant les antécédents de néoplasie. L’immunohistochime reste l’examen de confirmation diagnostic.
 

Figure n°1 : masse tissulaire nécrosée fundique à développement exophytique avec une densification de la graisse adjacente

 

 

Figure n°2 : Masse qui envahit le foie gauche et le diaphragme et les muscles inter costaux latéralement

 

Fig 3 : Aspect inflammatoire du sein gauche

 

Fig 4 : lésions cutanées mimant les nodules de perméation

 

 

Fig 5 : lésion multinodulaire violacée au niveau le sillon mammaire

 

Références

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 Krathen RA, Orengo IF, Rosen T. Cutaneous metastasis: a meta-analysis of data. South Med J 2003; 96:164–7.
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Saeed S, Keehn CA, Morgan MB. Cutaneous metastasis: a clinical,   pathological, and immunohistochemical appraisal. J Cutan Pathol 2004; 31(6):419-30.
Lookingbill DP, Spangler N, Helm KF. Cutaneous metastases in patients with metastatic carcinoma: a retrospective study of 4020 patients. J Am Acad Dermatol 1993; 29 (2 Pt 1):228-36. 
Sabbah M, Bibani N, Gargouri D et al. Métastases cutanées d'un adénocarcinome gastrique à cellules indépendantes. La tunisie Medicale 2015 ; 93 (8) : 497-499.
Ayamperumal A, Tharini G, Ravindran V, Parveen B. Cutaneous manifestations of internal malignancy. Indian J Dermatol 2012; 57(4):260-4.
Halil K, Abdulkadir R, Feyyaz Ozdemir et al. Carcinoma Erysipelatoides Resulting from Gastric Adenocarcinoma: An Unusual Clinical Presentation. Med Princ Pract 2005; 14:61–63.
Benidamou S, Oubaha S, Hafidi R et al. Metastases cutanees d’une linite gastrique : un cas exceptionnel. Hegel 2013 Vol. 3 N° 2