Adénocarcinome de la vessie développé sur un adénome villeux : A propos d’un cas

Soumaya RAMMEH |

La tunisie chirurgicale - 2008 ; Vol 17

Resumé

L’adénocarcinome primitif de la vessie peut se développer de novo ou sur des lésions préexistantes : il s’agit le plus souvent de métaplasie intestinale et plus rarement d’un adénome villeux. L’adénome villeux de la vessie est une tumeur glandulaire bénigne, rare dont l’aspect histologique est identique à son homologue digestif. L’adénocarcinome primitif de la vessie, surtout lorsqu’il siège au niveau du dôme vésical, peut poser un problème de diagnostic différentiel avec l’adénocarcinome de l’ouraque. Les auteurs rapportent une observation d’un adénocarcinome du dôme vésical développé sur un adénome villeux chez une femme de 57 ans et rapportent également les données de la littérature concernant ces tumeurs en insistant sur les critères distinctifs entre l’adénocarcinome primitif de la vessie et l’adénocarcinome de l’ouraque.

Mots Clés

Vessie Adénocarcinome Ouraque Adénome villeux

Introduction :

L’adénocarcinome primitif de la vessie (ACPV) représente moins de 2p.100 de touteslestumeurs malignes de cet organe [1]. Dans la majorité des cas, cette tumeur se développe sur des lésions préexistantes à type de métaplasie intestinale et de cystite glandulaire mais beaucoup plus rarement sur un adénome villeux. L’ACPV, lorsqu’il siège au niveau du dôme vésical, peut poser un problème de diagnostic différentiel avec l’adénocarcinome de l’ouraque (ACO) [2]. La conduite thérapeutique étant différente, la distinction entre ces deux tumeurs est importante. Nous rapportons l’observation d’un adénocarcinome du dôme vésical développé sur un adénome villeux

Article

Observation Mme SF âgée de 57 ans, hypertendue, a consulté en Urologie pour une hématurie terminale isolée évoluant depuis 2 ans. La cystoscopie a objectivé au niveau de la face antérieure de la vessie, une tumeur d’aspect papillaire à franges coalescentes, nécrosée en périphérie et à large base d’implantation. L’examen histologique des copeaux de résection avait conclu à un adénocarcinome bien différencié infiltrant le chorion et la musculeuse. Une colonoscopie a été pratiquée et a permis d’éliminer un primitif colique. Un Uro-Scanner, pratiqué en pré-opératoire, a montré un processus tissulaire pariétal de la face antérieure et du dôme vésical arrivant au contact de la ligne blanche sous ombilicale. Le diagnostic d’adénocarcinome de l’ouraque a été alors évoqué et une cystectomie partielle avec résection de l’ombilic et curage ilio-obturateur a été pratiquée (figure 1). L’examen histologique de la pièce opératoire montrait l’aspect d’un adénocarcinome bien différencié de type colloïde muqueux (figure 2) infiltrant toute la paroi jusqu’à la graisse périvésicale. Sur le versant muqueux et les berges de la tumeur, on notait une composante tumorale répondant à un adénome villeux (figure 3). Par ailleurs, aucune structure vestigiale de l’ouraque n’a été retrouvée. Le diagnostic d’adénocarcinome primitif de la vessie a été donc retenu et la patiente a été reprise pour une cystectomie totale avec pelvectomie antérieure. L’examen histologique de la pièce opératoire n’a pas retrouvé de reliquat tumoral. Les suites opératoires étaient simples puis la patiente a été perdue de vue.

 

Discussion L’ACPV et l’ACO présentent des similitudes épidémiocliniques avec, toutefois, une fréquence plus élevée pour l’ACPV. De même, leurs aspects microscopiques sont similaires. En effet, chacune de ces tumeurs peut être de type: colique, à cellules en bague à chaton, mucineux, à cellules claires, hépatoïde ou mixte [3 = OMS]. L’immunohistochimie, sans être déterminante, peut aider à distinguer ces deux entités. En effet, l’ACPV exprime les cytokératines 7 et 20 ; tandis que l’ACO montre une positivité pour l’antigène carcinoembryonnaire et la Leu-M1 [3, 4]. Certains auteurs ont proposé des critères morphologiques permettant d’orienter vers une origine ourachale [5] : - Localisation au niveau du dôme vésical, - absence de cystite glandulaire associée, - invasion du tissu musculaire ou des structures profondes avec un épithélium de surface intact et une nette démarcation entre la tumeur et cet épithélium, - présence de structures vestigiales de l’ouraque, - et une croissance tumorale au sein de la paroi vésicale ou dans le trajet de l’ouraque. Ces critères considérés comme trop restrictifs, ont été modifiés par Johnson et al en 1985 : ceux-ci ont proposé les critères suivants pour orienter vers un ACO [6]. - Localisation au niveau du dôme vésical,- une nette démarcation entre la tumeur et l’épithélium de surface, - exclusion d’un adénocarcinome primitif de n’importe quel siège ayant envahi la vessie, - et surtout, absence de dysplasie, de carcinome in situ ou d’adénome villeux associés. L’adénome villeux de la vessie est une tumeur glandulaire bénigne dont l’aspect histologique est identique à son homologue digestif [7]. Dans sa localisation vésicale, l’adénome villeux est rare; en effet et à notre connaissance, moins de 60 cas ont été publiés [3]. Il se localise essentiellement au niveau du dôme et du trigone vésical. L’adénome villeux est souvent de bon pronostic. Sa dégénérescence maligne en adénocarcinome est possible mais reste rare [8]. Sur le plan thérapeutique, une cystectomie radicale, suivie ou non d’une chimiothérapie et/ou d’une radiothérapie, est indiquée en cas d’ACPV. Alors que pour l’ACO, le geste chirurgical consiste en une cystectomie partielle avec résection de l’ombilic ; d’où l’importance de distinguer ces deux tumeurs [3]. Le pronostic de l’ACPV ainsi que celui de l’ACO est sévère avec une survie à 5 ans de 31 à 35p.100 pour l’ACPV et de 25 à 61p.100 pour l’ACO [3].En conclusion, l’ACPV et l’ACO sont deux tumeurs rares. Elles présentent des similitudes épidémiologiques, cliniques et histologiques mais leur prise en charge chirurgicale est différente et malgré qu’il existe des critères morphologiques distinctifs, le diagnostic différentiel de ces deux entités peut s’avérer difficile.

Références

{1} GRIGNON DJ, RO JY, AYALA AG, JOHNSON DE, ORDONEZ NG. Primary adenocarcinoma of the urinary bladder. A clinicopathologic analysis of 72 cases. Cancer 1991; 67: 2165-2172. {2} NOCKS BN, HENEY NM, DALY JJ. Primary adenocarcinoma of urinary bladder. Urology 1983; 21: 26-29. {3} OMS {4} WANG HL, LU DW, YERIAN LM et al. Immunohistochemical distinction between primary adenocarcinoma of the bladder and secondary colorectal adenocarcinoma. Am J Surg Pathol 2001; 25: 1380-1387. {5} Wheeler and Hill 1954 {6} JOHNSON et al 1985 {7} MILLER DC, GANG DL, GAVRIS V, ALROY J, UCCI AA, PARKHURST EC. Villous adenoma of the urinary bladder. A morphologic or biologic entity ? Am J Clin Pathol 1983 ; 79 : 728-731. {8} SEIBEL L, PRASAD S, WEISS RE, BANCILA E, EPSTEIN JI. Villous adenoma of the urinary tract : a lesion frequently associated with malignancy. Hum Pathol 2002 ; 33 : 236-241.