Tumeurs synchrones de la parotide : A propos d’un cas

Salima KHARRAT |

La tunisie chirurgicale - 2010 ; Vol 20

Resumé

L’occurrence des tumeurs multiples dans les glandes salivaires est un phénomène peu commun et le développement simultané de différents types histologiques est extrêmement rare. Nous rapportons une association rare d’une tumeur de warthin et d’un adénome pléomorphe de la glande parotide. Observation : Il s’agit d’un homme de 56 ans qui présentait depuis 2 ans une tuméfaction parotidienne droite isolée. Celle-ci était ferme indolore et faisant 5 cm de grand axe à l’examen. L’imagerie (échographie cervicale et IRM parotidienne) a objectivé une masse parotidienne droite avec une double composante charnue et kystique. Le geste chirurgical a consisté à une parotidectomie totale et l’examen anatomopathologique a conclu à la présence de deux tumeurs synchrones au sein d’une même glande : un adénome pléomorphe avec un cystadénolymphome. Discussion : Les tumeurs multiples de la parotide sont rares, notamment celles qui sont de type histologique différent. L’association la plus fréquente est celle du cystadénolymphome et de l’adénome pléomorphe. D’autres associations tumorales bénignes et malignes ont été décrites. Le diagnostic est histologique.

Mots Clés

tumeurs multiples glande parotide adénome pléomorphe cystadénolymphome.

Introduction :

Les tumeurs des glandes salivaires représentent environ 3% des tumeurs de la tête et cou (1). Ces tumeurs touchent fréquemment la glande parotide (80%) et se pré- sentent dans la plupart des cas par une lésion unique. Parfois, des tumeurs multiples de la parotide peuvent s’observer, habituellement d’un seul type histologique. La tumeur de Warthin est le type le plus fréquent. Toutefois, l’association de tumeurs multiples de type histologique différent est une condition rare. Nous rapportons un cas rare d’une association d’un adé- nome pléomorphe et d’un cystadénolymphome de la glande parotide colligé au service d’ORL de l’hôpital la Rabta de Tunis sur une période de 20 ans (1989 - 2008).
 

Article

Observation

Il s’agit d’un homme âgé de 56 ans, aux antécédents de loboisthmectomie droite il ya 6 ans pour un goitre mul-tinodulaire bénin, qui nous a consulté devant l’apparition d’une tuméfaction isolée de la région parotidienne droite, évoluant progressivement depuis 2 ans. A l’examen, on a objectivé une tuméfaction de la loge parotidienne droite, de 5 cm de grand axe (figure 1), ferme, indolore, mobile avec un signe de Nélaton négatif. Par ailleurs, le patient ne présentait ni paralysie faciale, ni trismus et les aires ganglionnaires étaient libres. L’orifice du canal de sténon était libre. L’échographie cervicale avait montré deux formations aux dépens de la glande parotide droite, l’une kystique avec des cloisons fines de 45 mm de grand axe et la deuxième était tissulaire hypoéchogène hétérogène de 30 mm de grand axe. Un complément d’exploration par une IRM parotidienne a été réalisé objectivant une lésion se développant aux dépens du lobe superficiel de la parotide, mesurant 66 mm x 36 mm, présentant une double composante charnue et kystique. La composante kystique était polaire supérieure en hyposignal T1, hypersignal T2, avec un réhaussement pariétal après injection de gadolinium. La composante charnue était aussi en hyposignal T1, hypersignal T2 mais elle se réhaussait intensément et de façon homogène après injection de gadolinium (figure 2). Le patient a eu une parotidectomie exofaciale droite et l’examen histologique en extemporané a conclu à une tumeur mixte, d’où la réalisation d’une parotidectomie totale. L’examen anatomopathologique définitif a montré que la formation charnue correspondait effectivement à une double prolifération tumorale épithéliale et myoépithéliale avec un stroma très abondant myxoïde, cadrant avec un adénome pléomorphe. La formation kystique était d’aspect papillaire avec un revêtement bistratifié oncocytaire et cubique, ce qui cadrait avec une tumeur de Warthin ou cystadénolymphome. Aucune complication per ou post opératoire n’a été notée. L’évolution a été favorable avec absence de récidive à 24 mois.

 

Figure 2 : Coupes coronales IRM parotidienne en séquence pondérée T1 (a), T1 + gadolinium (b), T2(c) montrant une lésion à double composante charnue et kystique. La composante kystique est polaire supé- rieure en hyposignal T1, hypersignal T2, avec un réhaussement pariétal après injection de gadolinium. La composante charnue est aussi en hyposignal T1, hypersignal T2 mais elle se réhausse intensément et de façon homogène après injection de gadolinium des tumeurs des glandes salivaires reportée par Foote and Frazell (2) et moins de 1% également dans une série de 401 cas reportée par Cameron (3). Les tumeurs multiples de la parotide continuent à poser un problème sur leur oncogenèse car la glande parotide semble être la seule glande salivaire intéressée par ce genre de tumeurs (4). On distingue les tumeurs multiples bilatérales qui représentent 0.7% des tumeurs parotidiennes et les tumeurs multiples unilatérales qui repré- sentent moins de 0.3% de l’ensemble des tumeurs (5, 6). La majorité de ces tumeurs synchrones est composée d’un seul type histologique (7). La tumeur de warthin constitue le type le plus fréquent. Des cas d’adénome pléomorphe multifocal ou de carcinome à cellules acineuses ont aussi été rapportés (2). La coexistence de tumeurs de type histologique différent est extrêmement rare retrouvée dans moins de 0.3% de toutes les tumeurs des glandes salivaires d’après Gnepp et al (6). L’association du cystadénolymphome avec l’adénome pléomorphe est la plus fréquente représentant 42% de toutes les tumeurs multiples (7), avec un âge de prédilection se situant autour de 55ans et une nette prédominance masculine. Le premier cas a été rapporté par Hughusen en 1956 chez un homme de 62 ans (8). Par ailleurs, d’autres associations plus rares ont été décrites : association de tumeurs bénignes ou de tumeurs malignes et bénignes au sein d’une même glande (9, 10). La tumeur salivaire la plus fréquemment retrouvée de façon synchrone avec d’autres néoplasies est la tumeur de warthin (75%). Il est difficile d’expliquer l’occurrence commune de cette tumeur dans l’association avec d’autres tumeurs puisqu’elle représente seulement 10 à 14% de touteslestumeurs salivaires. L’adénome pléomorphe par contre survient dans 60% des associations malgré qu’il représente 48% de toutes les tumeurs salivaires (7, 11). L’imagerie permet d’évoquer le diagnostic. Il est important de vérifier toutes les glandes salivaires par les techniques d’imagerie préopératoires dansle cas de tumeurs multiples, spécialement pour les tumeurs de warthin (12, 13). L’échographie et l’imagerie par résonnance magnétique facilitent le diagnostic des lésions multiples et différencient entre lésions bénignes et malignes (5, 14). L’examen cytologique préopératoire peut aussi dans ces cas orienter le diagnostic. Le traitement est chirurgical. Une parotidectomie totale ou subtotale est généralement recommandée lors de l’extirpation des tumeurs de warthin et des adénomes pléomorphes car ces tumeurs peuvent être multiples ou associées (10, 15). Durant le suivi post opératoire, une surveillance échographique annuelle est nécessaire (5). Le pronostic dépend largement du type histologique (14).

Conclusion

L’apparition de tumeurs multiples synchrones au niveau des glandes salivaires est un phénomène rare. L’imagerie permet d’orienter le diagnostic qui ne sera confirmé que par la parotidectomie exploratrice avec examen histologique extemporané permettant de guider la conduite thérapeutique.

Références

1. Schilling JA, Bloc BL, Speigel JC. Synchronous unilateral parotid neoplasms of different histologic types. Head Neck 1989 ; 11:179-83. 2. Foote FW, Frazell El. Tumors of the major salivary glands. Cancer 1953; 6:1065-133. 3. Cameron, J.M. Tumors of Salivary Tissue, J. Clin. Pathol. 1961; 14: 232-45. 4. Kouvadio KoffiI, J.Levy, P. Scheffer. tumeurs multiples de la parotide. Revue Stomato. Chir. Maxillofac 1994 ; 2 :139-41 5. G-Y-YU, D-Q-MA,Y Zhang, X Peng, G Cai, Y Chen. multiple primary tumors of the parotid gland. Int Journal Oral Maxillofacial Surg 2004; 33 : 531-4 6. Gnepp DR, Schroeder W, Heffner D. Synchronous tumors arising in a single major salivary gland. Cancer 1989 ; 63: 1219-24. 7. Lefor AT, Ord RA. Multiple synchronous bilateral warthin’s tumors of the parotid glands with pleomorphic adenoma, case report and review of the littérature. Oral Surg Oral Med Pathol 1993; 76: 319-24. 8. Hughes, E.S.R. Multiple parotid tumors. British Medical Journal 1956 ; 1: 232. 9. Novotny, CM. Pirozyuski, W.J. Tumors of major salivary glands ; Review of 100 consecutive cases. Laryngoscope 1968, 78 : 2160. 10. Jose Nicolas Astacio. Papillary cystadenoma lymphomatosum associated with pleomorphic adenoma of the parotid gland : First case report. Oral Surgery 1974; 38:91-5 11. Scheffer, P, Kalifat, R. Unusual association of a papillary cystadenoma and a mixed tumor of the parotid. Revue de Stomato Maxillo-Faciale 1975-76, 281-5. 12. Gaynor, E. B. Hershberg, R. Unilatéral multiple tumor of the parotid gland. Journal of Laryngology and Otology, 1976, 90: 295. 13. Eveson, J. W. Cawson, R.A. Warthin’s tumor of salivary glands. Oral surgery, Oral Medicine, Oral Pathology, 1986, 61 : 256. 14. Shuho Tanaka, Keiji Tabuchi, Keiko Oikawa et al. Synchronous unilateral parotid gland neoplasms of three different histological types. Auris Nasus Larynx2007, 34: 263--6. 15. Franzen A, Koegel K. Synchronous double tumors of the parotid gland. Laryngo rhino otologie 1996, 75: 437-40.