Migration d’un ballon intragastrique, responsable d’une occlusion intestinale aigue : A propos d’un cas

Rachid KSANTINI |

La tunisie chirurgicale - 2011 ; Vol 21

Resumé

Le ballon intra gastrique fait partie de l’arsenal thérapeutique de l’obésité morbide. La morbidité de ce procédé est faible, cependant des complications peuvent survenir. L’occlusion intestinale en rapport avec une migration du ballon est une complication exceptionnelle. Les auteurs rapportent l’observation d’une migration d’un ballon dégonflé, responsable d’une occlusion intestinale aigue. Ce ballon a été mis en place 11 mois auparavant. La radiographie de l’abdomen sans préparation ainsi que la TDM abdominale ont confirmé le diagnostic. Le patient a été abordé par voie laparoscopique, avec extraction du corps étranger à travers une entérotomie. Les suites opératoires étaient simples avec une sortie autorisée au 6ème jour postopératoire.

Mots Clés

occlusion intestinale ballon migration traitement chirurgical

Introduction :

L’obésité est une maladie à part entière, pouvant entraîner de nombreuses complications altérant la qualité et l’espérance de vie. Elle constitue désormais, un véritable problème de santé publique, plus particuliè- rement chez les jeunes. Le traitement de l’obésité morbide est souvent chirurgical. La pose d’un ballon intra-gastrique peut représenter une étape préliminaire à une chirurgie restrictive ou de dérivation. Les complications de ce procédé endoscopique sont rares, représentées surtout par les nausées, les vomissements et les oesophagites peptiques. La migration dans le grêle du ballon est une complication exceptionnelle. Les auteurs rapportent une nouvelle observation d’une migration d’un ballon intragastrique dans le grêle responsable d’une occlusion intestinale aigue.

Article

Mr. K.H., âgé de 42 ans, hypertendu, super-obèse (IMC à 55kg/m2 ), était pris en charge pour obésité morbide, selon un schéma séquentiel, à savoir la mise en place d’un ballon intragastrique premier, suivie d’une chirurgie restrictive prévue dans un deuxième temps. Il a eu en Janvier 2005, la pose d’un ballon intra gastrique, sans incidents. L’évolution était favorable avec une perte de poids progressive et continue avec un IMC qui est passé à 45 kg/m2 au bout de six mois. Devant le succès de ce procédé thérapeutique et la bonne observance du traitement, le patient a refusé tout geste chirurgical. Le ballon a été alors remplacé 7 mois après sa mise en place. En Avril 2006, le patient a présenté un angor instable, en rapport avec une sténose serrée de l’artère coronaire inter ventriculaire antérieure, ayant nécessité une angioplastie en urgence avec mise en place d’un stent. L’ablation du ballon prévue à cette date a été ainsi reportée pour des impératifs d’ordre anesthésique. Depuis, le patient a été perdu de vue. Il a consulté 4 mois plus tard pour un syndrome occlusif évoluant depuis 3 jours. L’examen à l’admission a trouvé un patient apyrétique, déshydraté avec un abdomen distendu et tympanique. Les radiographies de l’abdomen sans préparation objectivaient des niveaux hydro-aériques de type grêliques avec un ballon dégonflé situé au niveau du flanc droit (figures 1,2). Le scanner abdominal fait en urgence,avait objectivé la présence du ballon dégonflé au niveau du grêle qui était la cause de l’obstruction intestinale (figure 3). L’indication opératoire était retenue. Après réanimation, le patient était opéré par voie laparoscopique. L’exploration avait trouvé un grêle très distendue en amont d’une anse siégeant à 2 m de l’angle duodéno-jéjunal. Cette anse avait une paroi cartonnée, inflammatoire et elle était le siège d’un ballon dégonflé. Le grêle en aval était plat. Une entérotomie per-coelioscopique était jugée dangereuse, étant donnée l’importance des phénomènes inflammatoires et surtout la stase d’amont qui risquait de souiller la cavité péritonéale. L’anse distendue, souffrante, était ainsi extraite à travers une laparotomie transversale de 6 cm au niveau du flanc droit. Une entérotomie transversale était réalisée en amont de l’obstacle permettant ainsi d’extraire le ballon dégonflé. Le grêle avait rapidement repris une vitalité normale. Une enterorraphie par point séparées était alors réalisée. Les suites opératoires étaient simples avec une sortie autorisée au 6ème jour postopératoire.

Discussion

Le ballon intra gastrique (BIG) fait partie de l’arsenal thérapeutique de l’obésité morbide. Son utilisation, dans la prise en charge de l’obésité, date d’une vingtaine d’années (1). Le but du BIG est de réduire le volume gastrique sans avoir recours à la chirurgie. Ce ballon est en général gardé pour une durée de 6 à 8 mois, car au delà le risque de fuite devient important et la perte de poids se stabilise (2). Les complications du BIG sont actuellement rares. Elles sont dominées par les vomissements, les nausées, les crampes abdominales et les ulcé- rations gastroduodénales (3,4). Cet inconfort survient en général les premiers jours à la suite de la mise en place du BIG et nécessite un traitement adapté et une surveillance régulière. Des complications plus graves ont été rapportées tel que les perforations gastriques et l’occlusion intestinale aigue par migration d’un ballon dégonflé (5,6). Ces complications restent néanmoins exceptionnelles. Seuls 4 cas d’occlusion intestinale aigue par migration d’unBIG dégonflé ont étaient rapportés dans la littérature (5, 7-9). Le délai moyen de survenue de cette complication est de 7 à 9 mois (5,9). Dans notre observation ce délai était de 11 mois. Le diagnostic de cette complication reste basé sur la clinique et la radiologie standard (ASP). Son traitement est chirurgical. La voie laparoscopique a été rapportée dans la littérature, avec une entérotomie intracorporelle (5). Chez notre malade nous avons préféré réaliser l’entérotomie en extracorporelle vue que le grêle était très dilatée, plein de liquide de stase qui risquait d’inonder la cavité péritonéale à son ouverture. La paroi du grêle était très inflammatoire ce qui rend la suture intracorporelle laborieuse.

Conclusion

Le ballon intra gastrique est un procédé thérapeutique qui a fait ses preuves dans le traitement de l’obésité morbide. Une surveillance régulière et l’ablation du BIG dans les délais habituels, sont les meilleurs moyens pour prévenir cette complication grave.

 

Références

1. Nieben OG, Harboe H. Intragastric balloon as an artificial bezoar for treatment of obesity. Lancet. 1982 ; 1 : 198-9. 2. Merrouche M, Coffin B. Obésité : prise en charge, indications et méthodes du traitement endoscopique et chirurgical. EMC-Hépatogastroentérologie 2 (2005) : 189-200. 3. Roman S, Napoléon B, Bory RM. Efficacité et tolérance des ballons intragastriques pour le traitement de l’obésité non morbide. Gastroentérol Clin Biol 2002 ; 26 : 399.4. Lindor KD, Hughes RW Jr, Ilstrup DM et al. Intragastric balloons in comparison with standard therapy for obesity - a randomized, doubleblind trial. Mayo Clin Proc 1987; 62: 992-6. 5. Vanden Eynden F, Urbain P. Small intestine gastric balloon impaction treated by laparoscopic surgery. Obes Surg. 2001 ; 11 : 646-8. 6. Giardiello C, Cristiano S, Cerbone MR, Troiano E, Iodice G, Sarrantonio G. Gastric perforation in an obese patient with an intragastric balloon, following previous fundoplication. Obes Surg. 2003 ; 13 : 658-60. 7. Bona D, Enrini R, Bonavina L. Intestinal obstruction caused by migration of intragastric device used for the treatment of obesity. Chir Ital. 2004 ; 56:285-8. 8. Kerrigan DD. Large bowel impaction by the BioEnterics Intragastric Balloon necessitating surgical intervention. Ann R Coll Surg Engl. 2000 ; 82:202-4. 9. Kim WY, Kirkpatrick UJ, Moody AP, Wake PN. Large bowel impaction by the BioEnterics Intragastric Balloon (BIB) necessitating surgical intervention. Ann R Coll Surg Engl. 2001 ; 83 : 148.